Kolkoz
J’ai rencontré les Kolkoz pour la première fois à Nouméa. À l’époque ils vivaient au milieu d’une communauté et mangeaient principalement des bulots. Benjamin le plus jeune passait son temps à ramasser des noix de coco qu’il essayait de recoller dans les arbres avec du sperme de chèvre. Samuel le plus âgé (à l’époque environ 8 ans) pratiquait le surf sur sable ce qui lui évitait de se noyer mais lui a valu de nombreuses insolations. Et puis un jour, Benjamin se retrouva par hasard à une soirée Bebel (fameuse soirée caldoche ou les convives venaient avec un masque de Belmondo) et il fit la rencontre du galeriste Emmanuel Perrotin qui à l’époque gagnait sa vie comme travestie sous le pseudonyme de Titine. Après avoir passé une nuit cochonne, Benjamin présenta Titine à Samuel qui ce jour-là était à l’hôpital après avoir tenté de se faire lui-même un massage californien.
Titine leur expliqua alors qu’il avait une galerie en France mais qu’il n’avait pas d’artistes marrants. Benjamin et Samuel exposèrent donc une première fois chez Titine mais leur travail fut plutôt mal accueilli par la critique. Leur accumulation de surfs à l’effigie des plus grands dictateurs et leurs tours en noix de cajou provoquèrent une certaine indignation. Mais c’est sans compter sur leur détermination que deux années plus tard ils secouèrent à nouveau les conventions en présentant deux énormes sculptures représentant leurs propres têtes réalisées en concombre de mer séché.
Le rendu ainsi obtenu rappelait à l’évidence les têtes de l’île de pâque mais surtout au-delà de l’excellence de la réalisation traduisait à sa manière « le face à face entre le moi et le néant » (article de Gilles Borno dans Art-au-top n°5100 spécial « Art partiel art partial ») Par la suite ils multiplièrent les apparitions comme récemment leur nomination pour représenter la Calédonie à la Factora de Groznyï.
Parallèlement à leur carrière artistique les Kolkoz (qu’on baptise désormais couscous ou comédons) diversifièrent leurs pratiques et se mirent à jouer de la musique dans des bars de nuit d’abord sous la forme de performances mélangeant jazz et pyrogravure puis ils se dirigèrent naturellement vers la pratique du disque-jockey.
Souvent affublés de tenues traditionnelles basques et autre kipa en latex, ils tiennent aujourd’hui le devant de la scène des danseurs florentins.
Thomas Lélu, 2009.




